Les changements climatiques pointés du doigt
Emiliano Arpin-Simonetti a été le rédacteur du Journal de St-Michel jusqu’au mois d’octobre, date à laquelle il est parti voyager en Amérique du Sud. De ce continent, il nous envoie régulièrement des reportages sur la situation sociale ou environnementale des pays qu’il traverse et de leurs différences ou similitudes avec le Québec. Cette semaine, il nous parle de l’inquiétante disparition des neiges éternelles de la Cordillère des Andes, en Bolivie.
Un peu à l'image de la crise financière mondiale qui semble avoir épargné le Québec (du moins pour l'instant), l'impact des changements climatiques n'affecte pas la Belle province autant que bien d'autres pays du monde. Avec ses imposantes réserves d'eau potable, l'effet de serre ne s'y fait pas aussi menaçant qu'ailleurs sur la planète, notamment en Amérique du sud.
Située en plein coeur de la Cordillère des Andes, la Bolivie, elle, est sérieusement confrontée à la hausse des températures qui fait fondre prématurément les glaciers andins. Jadis éternelles, les neiges de la Cordillère Royale, le segment de la chaîne de montagnes qui borde La Paz, la capitale, disparaissent à vue d'oeil.
Un exemple frappant du phénomène est le Mont Chacaltaya, dont le sommet est visible de La Paz. Avec une altitude de plus de 5000 m. au dessus du niveau de la mer, la station de ski a longtemps été une des plus hautes stations au monde. Depuis quelques années, la montagne n'est toutefois plus praticable pour les skieurs et n'arbore plus de neige à son sommet. Les glaciers des montagnes environnantes subissent le même sort, si bien que seules celles qui s'élèvent à plus de 6000 m. sont maintenant enneigées à l'année longue.
Plus que de nature esthétique ou récréative, les glaciers de la région ont cependant une fonction vitale. C'est d'eux que provient l'eau qui est consommée dans la capitale et ses banlieues et qui sert à la production agricole de toute la région de l'Altiplano. Sur ce haut plateau aride qui recouvre près de 28% du territoire bolivien, l'eau issue de la fonte des neiges est essentielle à l'agriculture et à la subsistance de ses habitants. Le retrait glaciaire anticipé met donc en péril l'approvisionnement en eau de toute la région. « La Paz est une des 50 villes au monde qui aura le plus de défis à relever dans les années à venir », soulignait récemment le conseiller municipal de la ville, Hernán Paredes, lors d'un forum sur l'avenir de l'eau dans la capitale.
Sécheresse
Alors que l'Altiplano se trouve normalement dans la saison des pluies à ce temps-ci de l'année, la sécheresse qui sévit maintenant depuis novembre cause bien des soucis. Dans cette région où de nombreux paysans pratiquent agriculture et élevage de subsistance, près de 40% des récoltes pour l'année à venir ont été perdues en décembre dernier, faute de pouvoir irriguer les champs à temps. Dans certains secteurs, des centaines de bovins et de lamas ont également été emportés par la sécheresse, forçant le gouvernement national à placer 14 municipalités du département de La Paz en état d'urgence. Selon les sources officielles, environ 25 000 familles ont été affectées par la sévère pénurie d'eau.
Si les pluies ont fini par arriver à la fin du mois de décembre, avec plus d'un mois de retard, l'approvisionnement en eau demeure problématique pour l'avenir. Selon plusieurs experts, dont ceux de l'Institut de Recherches Hydrauliques de l'Université de San Andrés (UMSA), La Paz et sa principale banlieue, El Alto, manqueront d'eau d'ici 10 à 30 ans.
Devant les graves problèmes occasionnés par les effets du réchauffement climatique, les autorités boliviennes se sont empressées d'annoncer que la construction de trois nouveaux réservoirs sont à l'étude près de La Paz. Douze nouveaux puits seront aussi creusés pour subvenir aux besoins de la zone urbaine.
Ces mesures permettront d'accroître la distribution d'eau pour les quelques 1,7 millions d'habitants de la capitale et de El Alto, en captant davantage l'eau qui s'écoule de la cordillère et l'eau de pluie. À l'heure actuelle, moins de 10% de cette eau sont en effet captés par le système d'aqueduc.
En plus de mettre sur pied ces nouvelles infrastructures, les différents paliers de gouvernement lanceront aussi une campagne pour sensibiliser les gens au problème et pour éviter le gaspillage d'eau. À La Paz, chaque habitant consomme en moyenne 87 litres d'eau par jour et 67 à El Alto. À titre de comparaison, au Québec, chaque personne consomme environ 350 litres d'eau par jour et selon le programme des Nations Unies pour le développement, la consommation d'eau minimale, pour subvenir à tous les besoins essentiels, est d'environ 50 litres d'eau par personne par jour.