de g. à d.: Geneviève Marier, intervenante psychosociale au Collège Reine-Marie, Mélanie Carpentier, conférencière et l'agente socio-communautaire, Mélanie Martineau.
Photo: Julie Perreault-Wolfe
Conférence sur la prostitution et les gangs de rue
Depuis quelques années, des histoires horribles de prostitution vécues par de jeunes femmes ont défrayé les manchettes un peu partout au Québec. Dans la majorité des cas, ces récits faisaient allusion au pouvoir des gangs de rue dans ce secteur d'activités criminelles. Ce sujet encore trop peu discuté a fait l'objet d'une conférence au Collège Reine-Marie à l'instigation de Geneviève Marier, intervenante psychosociale de l'établissement et de l'agente socio-communautaire Mélanie Martineau.
C'est une jeune femme tout sourire qui s'est présentée au Collège Reine-Marie le 27 avril dernier, pour s'adresser aux étudiantes. Elle-même fréquentant l'université, on a peine à croire que cette conférencière ait été si proche du thème qu'elle aborde. Mélanie Carpentier a aujourd'hui 28 ans. Mais, à écouter son discours, on jurerait qu'elle en a 100 pour avoir vécu toutes les expériences qu'elle décrit.
Une adolescence difficile
Scénario initial qui peut paraître banal: pas beaucoup d'amis à l'école secondaire et baisse d'estime de soi en parti liée à un accident qui l'a laissera scarifié pendant un temps; Mélanie alors au début de son adolescence, ne l'a pas facile et se sent isolée. Tranquillement, se tisse autour de la jeune fille, une toile de nouveaux amis qui ne lui veulent pas nécessairement du bien… Parallèlement, Mélanie désire plus de liberté alors qu'elle se sent constamment brimée chez elle. Cependant, la jeune fille tente de changer sa situation en fuguant ce qu'elle croyait à tort qui allait la mener dans un foyer de groupe. L'idée semble bizarre, mais à ce moment-là, la jeune fille est convaincue que cet endroit est plus permissif que son propre domaine familial. Son plan l'amène plutôt dans divers centres jeunesse très stricts.
Maintenant majeure
À partir de ses 18 ans, Mélanie déménage à plusieurs reprises pour finalement, s'installer seule en appartement grâce aux dédommagements de son accident. Résidant sur un territoire délimité par un gang spécifique puis, sur un autre, la jeune femme s'enfonce de plus en plus sans trop le savoir, dans le milieu des gangs de rue. Son logis se transforme en un point de rencontres pour des membres de gangs – certains de ses "nouveaux" amis au secondaire y sont liés- qui n'hésitent pas à s'y cacher après un délit. Puis, commençant elle-même à commettre des petits crimes au passage, Mélanie décide de devenir danseuse nue pour pourvoir à ses besoins. L'argent s'accumule et parallèlement, la jeune femme rencontre celui qui deviendra le père de son fils alors qu'elle n'a tout juste que 19 ans. La liaison ne dure pas, mais des conséquences plus lourdes que la grossesse impromptue, en découlent…
Lente descente
Mélanie se retrouve donc seule avec un bébé à s'occuper et le cœur un peu meurtri par sa peine d'amour. Mais, elle ne désespère pas et continue à croire que la solution se trouve dans le crime. Alors, elle décide de s'investir davantage dans différents crimes à revenus tout en gardant son "emploi" de danseuse nue. La drogue très présente dans ce milieu finit par avoir raison d'elle et Mélanie commence à consommer. Paradoxalement, la jeune femme suit des cours de secrétariat et désire mieux. Mais, toutes ces responsabilités financières qui pèsent sur elle la pousse sans cesse à trouver des solutions monétaires dans le crime. Puis, soucieuse de vouloir arrêter sa consommation pour le bien-être de son enfant, Mélanie troque la danse nue pour le métier d'escorte où, semble-t-il, la drogue est moins facile à obtenir. La désintoxication improvisée ne donne pas les résultats espérés et Mélanie dilapide toujours une partie de ses gains dans la drogue.
Toujours plus d'argent
À nouveau, les responsabilités financières de toutes sortes étouffent la jeune femme et cette dernière répond à ces pressions en replongeant plus profondément dans le milieu criminelle. "Un petit 1000$ de plus et j'arrête" se dit-elle à plusieurs reprises. Jusqu'à ce qu'une fin de semaine, elle récolte 3000$ en gain de drogues, de prostitution et autres délits qu'elle dépense tout aussi rapidement. Trois jours qui la mènent finalement face à elle-même, le corps et l'âme meurtri: Est-ce vraiment qui je suis?
Bien des paragraphes de l'histoire de Mélanie n'ont pas été cités pour des raisons de manque d'espace ou, parce qu'elles étaient dures –peut-être un peu trop- à lire. Mais, cette réalité bien qu'elle appartienne maintenant au passé de Mélanie, fait parti du présent pour plusieurs jeunes femmes. C'est dans l'espoir d'en "réveiller" quelques-unes et d'en avertir d'autres que la jeune conférencière raconte son histoire à tous les tribunes mis à sa disposition, spécialement les écoles! Pas question de citation de noms connus ou autres informations croustillantes, simplement le témoignage d'une jeune femme qui a réussi à s'en sortir et qui a décidé –comme elle le dit elle-même- de choisir le bonheur. Aujourd'hui, Mélanie compile plus de 60 conférences un peu partout et compte bien continuer afin que le message soit entendu.
Photo: Julie Perreault-Wolfe