Julienne Germain (au bout) explique à ces deux participants la signification et la provenance des artéfacts montagnais, sous l’œil attentif de sa sœur Monique (deuxième à partir de la gauche). Photo:Marie-Luce Pelletier-Legros
Un makusham au Centre communautaire des aînés
Un festin typiquement montagnais
«Moi, j’en ai du côté de mon père!», «Ah, bien moi, c’est du côté de ma mère!», pouvait-on entendre jeudi dernier au Centre communautaire des aînés de St-Michel/Rosemont. Chacun tentait de se souvenir de quel côté de la famille il avait hérité la goutte de sang amérindien qui lui coule dans les veines. Le dîner conférence sur les Premières Nations a permis à plusieurs de renouer avec leurs racines.
Monique Germain, une Montagnaise originaire de Mashteuiatsh au Lac-St-Jean, travaille au Centre communautaire des aînés de St-Michel/Rosemont depuis deux ans. Elle et sa sœur Julienne ont tout mis en œuvre pour faire de ce repas un véritable makusham, un festin typiquement montagnais où les gens partagent, échangent et fêtent. «Cette fête était l’occasion pour les familles de renouer avec la vie sociale après avoir passé tout l’hiver, isolées, dans leur territoire de chasse. Ces fêtes étaient aussi l’occasion de présenter les jeunes filles et garçons en âge de se marier, d’effectuer certains rites de passages», a expliqué Julienne Germain pendant le repas, qui pour les besoins de la cause, dérogeait un peu à la tradition.
Le cipaille, communément appelé tourtière au Lac-St-Jean, qui est entré avec le temps dans les mœurs alimentaires des Montagnais de Mashteuiatsh, était composé d’orignal, de lièvre et de bœuf. Habituellement, ils l’apprêtent avec des viandes plus sauvages comme le castor, le caribou, l’ours et la perdrix. Même si la chasse n’a pas été très bonne pour la famille de Monique Germain, aux dires de celle-ci, elle et sa sœur avait quand même poussée la générosité jusqu’à ajouter un petit morceau de caribou dans chaque assiette.
Durant tout le temps du repas, Monique et Julienne se sont échangés le micro décrivant le mode de vie traditionnel des Amérindiens, en particulier des Montagnais. Au Canada, 75 000 personnes font partie de l’une ou l’autre des 11 nations amérindiennes encore existantes.
À cause de ses cheveux foncés, de sa peau basanée et à ses yeux légèrement bridés, Monique raconte qu’elle se fait souvent aborder en espagnol par les gens. «Mais je ne comprends pas l’espagnol!», s’esclaffe-t-elle. Elle parle encore le montagnais avec les aînés de son village et avec sa famille, sa sœur Julienne, qui est à Montréal depuis peu, en particulier. «Mes enfants le comprennent, mais on dirait qu’ils ne veulent pas se forcer pour le parler», ajoute-t-elle.
Afin d’illustrer toute la dextérité et le talent qui habitent les gens de cette nation amérindienne, Monique et Julienne Germain avaient apporté de nombreux artéfacts fabriqués par leur père, leur frère et leur grand-mère. Julienne confectionne aussi quelques types de bijoux. Mocassins, tambours, bijoux, raquettes inachevées étaient disposés avec soin sur une table à l’arrière de la salle. Certains étaient plus que centenaires. Un des objets particulièrement impressionnant était cette coiffe de chef faite en peau de caribou, avec des plumes, du crin de cheval et brodée de perle de couleurs. Pratiquement une œuvre d’art.
Même si Monique Germain habite St-Michel depuis 30 ans et qu’elle a eu deux beaux enfants avec un Italien, elle se sent toujours un peu déracinée. En partageant ainsi sa culture avec les aînés qui fréquentent le Centre, elle leur transmet un bel héritage. Celui de pouvoir renouer avec la petite ou la grosse goutte de sang amérindien en eux, le temps d’un dîner.
«Cette fête était l’occasion pour les familles de renouer avec la vie sociale après avoir passé tout l’hiver, isolées, dans leur territoire de chasse. Ces fêtes étaient aussi l’occasion de présenter les jeunes filles et garçons en âge de se marier, d’effectuer certains rites de passages
Julienne Germain