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La classe de Madame Danielle

Marie-Luce Pelletier-Legros par Marie-Luce Pelletier-Legros
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Article mis en ligne le 19 janvier 2007 à 11:54
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La classe de Madame Danielle
Voici la classe de Madame Danielle! Une photo de groupe tout ce qu’il y a de plus classique. Les petits en avant, Vang, Halima, Djamila, Ernestina, Bernice, Chun et Afang. Et les plus grands en arrière, Faffa, Ouiza, Damien, Fatey, Élimane et Madame Danielle. Photo: M.-L. P.-L.
La classe de Madame Danielle
Alphabétisation, francisation et multiculturalisme
Bernice passe la moitié des cours à dormir. Son bébé de 19 mois la tient réveillée la nuit. Djamila a sept enfants. Kinsa, sa plus jeune, assiste avec elle aux cours quelques fois. Chun et Afang sont mari et femme. Malgré plusieurs années au pays, leur français est «timide». Et Damien est un des seuls Québécois sur les 18 élèves de la classe de Madame Danielle.
Cette classe de francisation alphabétisation, toute spéciale, est logée au cœur du Carrefour populaire de St-Michel. Même si le multiculturalisme y règne, tous s’accommodent très bien de leurs différences respectives. «Parce qu’ici, l’être humain prime sur la culture ou la religion», affirme Danielle, leur enseignante.

Ils ne sont que treize en cet après-midi pluvieux. Timides, la confiance s’installe peu à peu. Pour la plupart, ils étudient le français depuis à peine quelques mois. Si certains sont encore hésitants, d’autres semblent beaucoup plus sûrs d’eux. C’est le cas d’Élimane, une jeune femme arrivée de Plaisance en Haïti.

«Mon mari est venu s’installer au Canada pour demander sa résidence. Ensuite, il est venu me chercher avec les enfants. Je suis arrivée le 15 décembre 2004», dit-elle. «Ce qu’elle ne vous dit pas, c’est qu’elle est la nièce de Duvalier venue se cacher au Canada», plaisante Danielle, qui semblent très taquine, mais aussi très complice avec ses protégés. Élimane, habituée de la blague, rit de bon cœur avec les autres élèves.

L’histoire d’Élimane se répète pour plusieurs femmes de la classe de Madame Danielle. Il n’y a que les pays qui changent. Hamila vivait dans la mythique ville de Casablanca, au Maroc, quand son mari a décidé que sa vie serait meilleure ailleurs. «Il a hésité entre l’Australie et le Canada, mais le Canada était plus près du Maroc. Il voulait gagner de l’argent, acheter une maison, mais il n’a même pas de travail présentement», dit-elle en éclatant de rire.
Don’t cry for me Ernestina
Ernestina a laissé son mari au Pérou. En 2005, elle est venue retrouver sa fille et son petit-fils. Vingt-cinq ans après avoir quitté le Québec, le «pays» lui manquait. «Quand je suis retournée au Pérou, je m’ennuyais du Québec. Je suis revenue pour ma fille et mon petit-fils, explique-t-elle.

Puis sa voix se voile de sanglots, cette belle grand-maman péruvienne retient ses larmes et poursuit. «Ici, on donne l’opportunité à la femme de faire beaucoup de choses, de travailler. J’apprends le français parce que j’aime la langue!», ajoute-t-elle. Elle compte faire venir son mari au Québec bientôt. Grâce à Internet et au téléphone, elle garde contact avec lui.

Fatey a fuit la Turquie avec son mari et ses enfants en 2001. Ils sont kurdes. En Turquie comme dans plusieurs pays du Moyen-Orient, être kurde signifie la discrimination, la persécution, la violence, la torture et même la mort. Djamila, Faffa et Ouiza ont fuit l’Algérie pour les mêmes raisons. Mais elles, elles sont berbères. Vang s’est exilé au Québec en 1987. Dans son pays, le Cambodge, les khmers rouges commettaient un des pires génocides de l’histoire.

À la question «Pourquoi avez-vous choisi le Québec?», tous vous répondront la même chose : «Ici, nous sommes libres!»

Cette liberté qu’ils ont chèrement payée est l’héritage qu’ils transmettront à leurs enfants. Eux qui vont à l’école en français sont bien souvent leur principale source de motivation pour apprendre le français. Et une fierté pour eux de voir que leurs enfants reconnaissent leurs efforts.

Madame Danielle tire de belles leçons tous les jours de cet amalgame de cultures et de nationalités. «À les voir ensemble, à voir évoluer cette microsociété tous les jours, je me dis qu’il y a encore de l’espoir. L’espoir qu’il peut se passer quelque chose de bon pour l’avenir de l’humanité», conclut Danielle.

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