Mélanie Carpentier est venue témoigner de sa vie dans un gang de rue devant 500 jeunes réunis à la TOHU pour le Forum Jeunesse de St-Michel. Elle a reçu un accueil triomphal! Photo :M-L. P-L.
La vie comme un blizzard
Mélanie Carpentier, ex-membre d’un gang de rue
Les évènements de cette semaine permettent au Journal de St-Michel de publier le puissant témoignage de Mélanie Carpentier, ex-membre de gang de rue, qu’elle a livré lors du Forum Jeunesse de St-Michel, le 27 novembre.
Mélanie est arrivée sur la scène rayonnante, dans son chandail de baseball et ses bottes orangées. @R:Les jeunes lui ont fait un accueil triomphal, tapant des mains et des pieds à en faire trembler les murs de la TOHU. Si Mélanie Carpentier fait déplacer autant d’air, c’est qu’elle a eu une vie aussi tourmentée qu’une tempête…
«Je suis née en plein blizzard en janvier 1978. Il paraît que le moment de notre naissance détermine le genre de vie que l’on va avoir», dit-elle d’entrée de jeu. Cette ancienne membre d’un gang de rue, qu’elle ne nommera pas, est venue témoigner, à visage découvert, de son ancienne vie…
Elle a eu une enfance «gâtée pourrie». À défaut de lui donner de l’attention, ses parents lui donnaient tout ce qu’elle voulait. À 12 ans, elle est victime d’un grave accident, frappée par une voiture, elle échappe à la mort de justesse.
«Je suis arrivée à Calixa-Lavallée trois mois après le début de l’année scolaire dans un état assez pitoyable. Pour me faire accepter, je me suis mise à baver, à faire ma tough. Pendant ces années-là, je me suis aussi formé carapaces par-dessus carapaces», continue Mélanie.
Après les allers-retours dans de nombreuses familles d’accueil, elle se retrouve finalement en appartement à 17 ans. «J’avais une amie qui trippait pas mal avec un gars de gang. J’ai commencé à danser à 18 ans, je me suis aussi prostituée, j’ai été escorte, énumère-t-elle. J’ai l’air détaché quand je vous parle de ça, mais ça me fait encore mal…»
Les délits et les méfaits se multiplient : fraudes, voies de faits, délit de fuite, tentative de meurtres, etc. «J’ai participé à certaines choses contre mon gré et d’autre de mon plein gré. Si j’avais eu une charge pour tous les actes criminels que j’ai commis, j’aurais été condamnée à perpétuité au moins trois ou quatre fois!», explique Mélanie.
L’argent, la drogue, la recherche d’estime, le sentiment d’appartenance à une «famille», toutes les raisons sont bonnes pour tomber dans le panneau. «Vendre du crack, manger neuf balles et devenir millionnaire en chantant du rap, il y a juste 50Cents qui fait ça!», rappelle-t-elle. À cause des gangs de rue, une trentaine de personnes de son entourage ont perdu la vie…
Réveillez-vous!
Mélanie veut réveiller les jeunes quant à la véritable nature de la vie dans un gang de rue. «Même si tu es prêt à te faire prendre à la place d’un des gars haut placé dans un gang, lui il n’est pas prêt à t’aider si tu te fais pincer… Les filles, si vous pensez que c’est le fun, danser, je peux vous garantir qu’il n’y a pas un savon assez fort pour enlever la «marde» des hommes sur votre corps!», insiste-t-elle.
Son arrestation a été l’élément déclencheur pour qu’elle s’en sorte. «À 17 ans, j’ai eu une balle à six pouces de la face, et ça n’a pas été assez fort pour me secouer! J’ai été chanceuse, les policiers ont relevé les charges… Je me suis pris en main, je me suis désintoxiquée et maintenant je veux parler de ce que j’ai vécu. Si j’ai failli mourir 15 fois et que je suis encore ici, c’est que j’ai quelque chose à faire sur cette terre», ajoute Mélanie.
Son livre sur son expérience dans l’enfer des gangs de rue sortira bientôt. Elle a même demandé à Paul Evra d’y jeter un petit coup d’œil, question écriture. Son message est clair. «Peu importe votre passé, c’est en arrière. Aujourd’hui, on repart sur de nouvelles bases. Mes choses avancent parce que j’y crois… Ayez confiance en vous!»