Petite maison, grande mission
Créée à la fin des années 1990, la Petite Maison par la Grand’Porte vient en aide aux enfants âgés de 6 à 12 ans. Sa mission? Prévenir la délinquance, le décrochage scolaire, l’errance, faire la promotion des saines habitudes de vie et outiller les petits pour la réussite. Derrière ces mots sérieux, qui reflètent pourtant un pan de la réalité du quartier, il y a le sport, la vidéo, le théâtre, la photo, la musique, les arts plastiques et les balades à la plage l’été, bref le bonheur de la découverte qui pousse à avoir les yeux grands ouverts sur le monde, même imaginaire.
A priori, quand on passe la porte de la Petite maison, on n’est pas vraiment dépaysé, on est même complètement comme à la maison et pour cause : l’Office d’habitation de la Ville de Montréal prête à l’organisme, un local qui est en fait un appartement. La situation géographique de la « petite sœur » de la Maison des Jeunes est idéale pour les parents. Située dans le plan d’habitation, allée Jean Rivard, à quelques mètres de Mon Resto, elle leur permet de laisser aller les enfants sans trop d’appréhension, pas de route à traverser. Et puis de toute façon les animateurs proposent chaque fois d’aller les chercher et de les raccompagner…Un petit plus qui, pour les mamans monoparentales et les familles nombreuses, ajoute au répit, la sérénité. Grand luxe!
À l’année, la Petite Maison accueille environ 75 enfants. L’activité phare, qui accueille chaque jour ou presque une trentaine de bambins c’est l’aide au devoir qui fait de l’organisme un trait d’union entre l’école et la famille. « Nous offrons aux enfants un cadre de socialisation différent de l’école, explique Fabienne Gomot, qui travaille là depuis octobre dernier. Il y a moins de contraintes ici». En général, la Petite maison prend le relais dès que les enfants ne sont pas en cours (fins de semaines, vacances, journées pédagogiques…) et propose des ateliers en tout genre : culinaires ou sportifs pour donner de saines habitudes de vie, ludiques ou culturels pour développer des aptitudes, découvrir et qui sait créer des vocations.
Dépasser les discussions convenues
Financée uniquement par des subventions gouvernementales ou des programmes spécialisés pour la jeunesse, la Petite Maison a mis en œuvre depuis un an le projet « Agir pour l’avenir », soutenu par le Ministère de l’immigration et des communautés culturelles. Créé dans le cadre d’un programme de prévention des gangs de rue, ce projet comprend deux volets d’action. Le premier consiste à permettre aux enfants, à travers, la vidéo et le théâtre de s’exprimer sur des thèmes comme la violence, la perception du bien et du mal et d’agir un peu en mode cathartique. « Cela permet de dépasser les discussions convenues où ils nous diraient juste ce qu’on a envie d’entendre comme la violence c’est mal…, explique Jean Philippe Catellier intervenant rattaché au projet. Écrire un scénario, des dialogues, leur permet de sortir ce qu’il y a vraiment dans leur tête parce qu’il y a une distance, ça n’est pas pour vrai, alors ils osent. Et leurs histoires sont parfois très violentes, poursuit-il. Mais une fois qu’ils ont joué aux grands comme au cinéma, avec des armes, des gangs… ça ne les intéresse plus. On les a laissé dépasser les tabous, ils passent à autre chose ». Le volet « parent » lui consiste à organiser des cafés-rencontres pour discuter des problématiques liées de près ou de loin aux gang de rue comme le décrochage scolaire par exemple. « Depuis qu’on a lancé ces réunions pour les parents l’été dernier, il y a de plus en plus de monde, précise Annie Gauvin, qui travaille là depuis un peu plus d’un an. Au début, ils étaient sans doute un peu timides mais finalement c’est devenu un vrai rendez-vous ».
Le règne de l’imaginaire
Passionnés par leur travail, les intervenants de la Petite Maison avouent qu’il est très stimulant de travailler avec les 6-12 ans parce que pour eux tout reste à inventer, l’avenir, leurs rapports aux autres, au monde des adultes. Le monde imaginaire des bibittes à trois têtes, les fées, les carrières de chanteurs-magiciens et de princesse- institutrice, tout est possible. La mission de la Petite Maison est que l’imagination règne le plus longtemps possible sur leur petit monde et que leur entrée dans celui des grands se passe en douceur, petit à petit. Après tout ils ont bien le temps d’être grands.