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Raconter la prison de l’intérieur

par Gaëlle Hautbois
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Article mis en ligne le 18 novembre 2008 à 16:47
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Raconter la prison de l’intérieur
Karine Dubois (à gauche) et Catherine Proulx étaient très émues lors de la présentation de leur film jeudi dernier à l’ONF
Raconter la prison de l’intérieur
La semaine dernière, le film Un trou dans le temps a été présenté à l’ONF. Ce documentaire donne la parole à des détenus qui souhaitent s’adresser aux jeunes. Pour travailler sur ce projet, l’équipe du film avait rencontré des jeunes de Saint-Michel. De ce travail à « l’intérieur » et à « l’extérieur » est né un documentaire poignant.
Ils sont six. Six détenus à parler de la prison, de leur enfermement, de leur quotidien, de leur solitude. Six prisonniers à avoir voulu témoigner pour parler aux jeunes, leur montrer le pénitencier à travers leur regard, leur vécu. Tous condamnés à de longues peines, ils ont contacté une équipe de journalistes pour dire…

« L’idée est partie des détenus », raconte Catherine Proulx, la réalisatrice d’Un trou dans le temps. « Ils voulaient faire une vidéo qui s’adressait aux jeunes car ils s’inquiétaient d’en voir arriver encore et toujours au pénitencier. On a tout de suite été intéressés. » Au début, l’idée était de faire des capsules vidéos, finalement, c’est un documentaire de 52 minutes qui a vu le jour.

Pour préparer le tournage, l’équipe a rencontré des jeunes de Saint-Michel. « C’est aux jeunes que veulent s’adresser les détenus », explique Catherine Proulx. « On a donc été en rencontrer pour discuter avec eux et voir quelle était leur perception de la prison ». Saint-Michel n’a pas été choisi au hasard. « C’est un quartier très actif, avec beaucoup d’organismes communautaires et un contexte particulier. »

Beaucoup de préjugés

L’équipe a travaillé avec Jean-Yves Sylvestre, alors intervenant à la Maison d’Haïti. « Il nous a fait rencontrer des jeunes. Nous discutions avec eux puis nous rapportions leurs propos aux prisonniers. Ils avaient beaucoup de préjugés sur la vie dans un pénitencier. » L’équipe montrait ensuite des extraits du film aux jeunes et peu à peu les préjugés sont tombés. « Beaucoup de jeunes ne voyaient pas la gravité de certains actes et étaient sûrs qu’ils n’iraient jamais en prison », explique Karine Dubois, la productrice. « Ils ont été marqués de voir que l’un des prisonniers est arrivé au pénitencier à 18 ans pour une condamnation à perpétuité. »

Ces rencontres ont aussi permis de ne jamais s’éloigner de la cible visée par les détenus : les jeunes. « Nous n’avons pas voulu faire un travail de prévention », poursuit Karine Dubois. « Notre objectif est surtout de montrer la réalité, de changer les idées préconçues. »

Dans son générique, Un trou dans le temps remercie aussi Vivre Saint-Michel en santé. L’équipe a en effet participé à des tables de concertation de VSMS. « Ils sont venus nous présenter le projet au tout début au Groupe Action Jeunesse », se souvient Danielle Laurin. « Ils cherchaient des soutiens et on a trouvé le projet très intéressant. On leur a donc fourni une lettre d’appui. » Une lettre qui a permis, avec d’autres, d’obtenir des subventions.

« Ça me fera penser avant d’agir »

En tout, Un trou dans le temps aura nécessité deux ans et demi de travail, dont un an de recherches et de discussions. « On a pas sorti de caméra dans la prison avant un an. Ça nous a permis d’avoir des relations de confiance avec les détenus », explique Catherine Proulx. Au final, ces détenus livrent leur réalité avec beaucoup d’humanité. Les raisons de leur enfermement ne sont pas occultées mais ce n’est pas le sujet du documentaire.

Et le film réussit à toucher les jeunes. Yvenson et Thierry sont deux adolescents scolarisés à Louis-Joseph Papineau. Ils sont venus à la projection avec Karen Nolet intervenante à la polyvalente. « Ça me fera penser avant d’agir », dit spontanément Yvenson. « C’est plus dur que je pensais ». Thierry poursuit : « on voit que c’est pas cool comme dans les films ». Les jeunes ont été marqués de voir la solitude des prisonniers après des dizaines d’années d’enfermement. Karen Nolet, de son côté a envie de travailler avec le film auprès des jeunes.

Faire circuler le documentaire, c’est d’ailleurs l’objectif de l’équipe. « On espère qu’il va se promener en milieu communautaire et scolaire », indique Catherine Proulx. Un aspect pédagogique qui ne devrait pas poser de problèmes. Une dizaine d’organismes a déjà contacté la production en ce sens.

Un trou dans le temps sera diffusé cet hiver sur RDI

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