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Journal de St-Michel
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Saint-Michel, un quartier montréalais depuis 40 ans

Le 24 octobre 1968, St-Michel était annexé

par Emiliano Arpin-Simonetti
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Article mis en ligne le 28 octobre 2008 à 14:47
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Saint-Michel, un quartier montréalais depuis 40 ans
Le 24 octobre 1968, St-Michel était annexé
La Place des Arts, le métro de Montréal, l'Expo 67'... les années 1960 sont fastes pour la métropole québécoise. Tous ces grands travaux coûtent cependant très cher et l'administration du maire Jean Drapeau cherche sans cesse à éponger ses dépenses. L'annexion des banlieues adjacentes est un des moyens trouvés par Montréal pour aller chercher plus de revenus.
Après avoir résisté à une première tentative en 1964, Ville St-Michel ne pourra pas tenir tête au mouvement annexionniste; le 24 octobre 1968, la ville fondée en 1915 s'éteint finalement pour devenir le quartier Saint-Michel.

Après un premier référendum où 66% des citoyens se sont prononcés contre l'annexion en 1964, le projet de l'administration Montréalaise tombe rapidement dans l’oubli. Farouchement opposés à la fusion avec Montréal, le maire de Ville St-Michel, Maurice Bergeron, et ses conseillers municipaux semblent donc avoir gagné leur cause. Comment alors, expliquer le revirement de situation, quatre ans plus tard ?

Retour du débat

C'est une déclaration faite par le maire Bergeron, qui disait préférer voir Saint-Michel annexée à Montréal plutôt que de la voir tomber entre les mains de l'opposition, qui relancera le débat en 1968. Bien que cinq des six conseillers municipaux sont contre un tel projet, le conseil municipal de Ville St-Michel cède à de fortes pressions et décide de s'en remettre à la population lors d'un référendum prévu pour le 20 octobre 1968.

Contrairement à la fois précédente où seuls les propriétaires avaient le droit de vote, les locataires pourront se prononcer lors de cette deuxième consultation populaire. La population est divisée et chaque camp fait valoir ses arguments. L'année 1968 n'est toutefois pas uniquement marquée par la reprise du débat sur l’annexion. Au mois de janvier, le maire, Maurice Bergeron et quatre membres du conseil de Ville Saint-Michel doivent comparaître devant le juge pour des accusations de corruption. Le maire Bergeron sera acquitté d'une première accusation en avril 1968, mais sera condamné à un an de prison en 1969 pour avoir touché des pots-de-vin.

Sentant que ces rumeurs de corruption pourraient faire pencher la balance en faveur de l'annexion, le Journal de St-Michel lance un appel au jugement des citoyens dans un éditorial paru peu avant le référendum du 20 octobre. Contre l'annexion, le journal enjoint alors les Michelois à ne pas confondre le projet annexionniste aux rumeurs de corruption dans l'administration municipale. Malgré ces efforts, le 20 octobre, les citoyens de Ville Saint-Michel se prononcent en faveur de l'annexion.

«La douche de taxes»

Contre toute attente, les formalités administratives de l’annexion, qui devaient prendre plusieurs mois, sont réglées quatre jours à peine après le vote. Cette situation, quelque peu exceptionnelle, en étonne plusieurs. Certains verront toutefois une réponse à leurs interrogations dans l’envoi par la Ville de Montréal, en janvier 1969, de 10 000 comptes de taxes, un pour chaque propriétaire de Saint-Michel. Les montants, payables dans les 10 jours ouvrables, s’élèvent parfois jusqu’à 500$, une coquette somme pour l’époque.

«Cette année-là, on a reçu deux comptes de taxe en moins de six mois, rappelle Wilfred Rochon, qui était échevin au conseil de Ville St-Michel de 1960 à 1968. À St-Michel, les propriétaires payaient leurs taxes l’année finie. Mais à Montréal, on paye à l’avance», indique-t-il. Quarante ans plus tard, l’homme de 85 ans n’a toujours pas digéré l’annexion de son ancienne ville à la métropole. «C’est depuis l’annexion que St-Michel est dans le trou!», ajoute pour sa part Léo Bricault, qui comptait parmi les fondateurs du Journal de St-Michel en 1962. «Ç’a été le début de la débandade économique et industrielle de St-Michel. Le sentiment d’appartenance s’est effrité et on est devenu la poubelle de Montréal», déplore-t-il.

Quelques désagréments

Devenir un quartier montréalais aura comporté de nombreux désagréments pour les Michelois.

En 1970, le comité d’épuration de St-Michel remet son bilan sur les réalisations de Montréal dans le quartier St Michel. Le constat est que peu de choses ont réellement changé pour les gens de St-Michel. Beaucoup de promesses ont été brisées (notamment concernant la carrière Miron, que la Ville de Montréal avait promis d’exproprier) et quelques baisses d’impôts sont constatées.

Il demeure cependant que le tournant des années 1970 représente bel et bien le début du net déclin économique de St Michel, et ce, malgré l’arrivée du métro de Montréal dans les années 1980. La fermeture des carrières Miron et Francon notamment, entraîneront chômage et pauvreté dans le quartier. Cette situation aura toutefois un effet catalyseur sur le mouvement communautaire qui, depuis 1971 est en constant essor à St Michel et sur lequel repose aujourd’hui en bonne partie la revitalisation urbaine et sociale de cette ancienne ville, devenue quartier un certain 24 octobre 1968.

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