Après un premier album couronné de succès outre-Atlantique, Gage espère conquérir le Québec avec Changer le monde, son deuxième disque, qu’il présentait au public québécois mercredi dernier
Photo : Emiliano Arpin-Simonetti
Changer le monde et... St-Michel?
Rencontre avec le chanteur Gage
De retour d'une tournée en France après un premier album certifié disque d'or, le succès aurait bien pu lui monter à la tête. Rencontré alors qu'il est présentement de passage dans la métropole pour le lancement de son deuxième opus Changer le monde, Gage garde les pieds sur terre... et une pensée pour le quartier Saint-Michel, où il a évolué pendant son adolescence.
Malgré le succès qu'il connaît en France depuis quelques années, le choix de carrière de Gage Pierre (son nom complet) n'a pas été celui de la facilité. Né d'une mère monoparentale haïtienne pour qui se dédier à la musique et mendier sa vie n'étaient pas deux choses très différentes, le jeune artiste a dû faire preuve d'audace. «Ç’a vraiment pris du temps avant que ma mère m’appuie, mais c’est ça qui m’a amené à faire de la musique, parce que justement, j’avais envie de faire le rebelle! J’avais envie de dire non, moi j’ai des rêves.»
Son coup de gueule, alors qu'il n'était âgé que de 17 ans, se sera finalement avéré payant. Le choix de se lancer dans la chanson ne s'est cependant pas fait sans embûches à surmonter. Si son talent est certain, encore fallait-il que le principal intéressé en soit conscient! «À l’école j’étais le loser, j’avais pas les vêtements, j’avais pas la cote avec les filles», confie-t-il. Étudiant en musique à l'école secondaire St-Luc, c'est un professeur qui lui donnera sa première chance en l'invitant à passer les auditions pour la version amateur de la comédie musicale Starmania, dans laquelle il finira par décrocher le rôle principal, celui de Johnny Rockfort. «J’ai chanté devant toute mon école et, du jour au lendemain, j’avais les filles qui me disaient "Wow Gage, tu chantes!" Ça m’a ouvert les yeux par rapport à la musique», explique le chanteur.
Fort de ce premier succès, il fondera peu de temps après le groupe O.N.E. avec Corneille et Gardy Martin. Leur talent est vite remarqué; le trio devient très populaire et lancera la carrière solo de Corneille, qui quitte le groupe en 2001, trois ans après sa création. Ce dernier maintient toutefois sa collaboration avec Gage, qu'il aidera dans la réalisation de son premier album, Soul Rebel, sorti en 2005. La soul de Gage, où confluent entre autres, reggæ et musique antillaise, connaît dès lors un succès fulgurant de l'autre côté de l'Atlantique, avec des titres comme Trop fresh et Pense à moi.
La voix de l'expérience
Trois ans plus tard, le temps de se renouveler et d'aller chercher plus de profondeur, le jeune homme revient avec un deuxième disque, Changer le monde. Tout comme le son de ce nouvel album, qui évoque les classiques de la soul des années 1960-1970 comme James Brown, Marvin Gaye ou Aretha Franklin, les thèmes abordés offrent eux aussi plus de perspective, plus de recul. Une maturité nouvelle pour l'artiste, qui vient de passer le cap de la trentaine, présente notamment dans des chansons comme T'étais où, dédiée à son père absent, ou Je veux être libre.
«Plus jeune j’avais honte de plein de choses; de mon passé, du fait de ne pas avoir de père… J’avais envie d’être comme tout le monde, de m’appeler Martin, pas Gage! Maintenant, je réalise qu’il y en a d’autres qui sont comme moi et c’est à eux que j’ai envie de m’adresser», soutient l'artiste. «C’est possible de vivre ses rêves, de ne pas avoir peur de vivre ses désirs secrets, de vivre ses loisirs, que ce soit la peinture, l’écriture, la musique…»
C'est entre autres ce message que Gage veut envoyer aux jeunes de Saint-Michel. Ayant passé une partie de son adolescence au quartier, un des principaux constats qu'il en tire est le manque d'activités culturelles. «À St-Michel, on aurait besoin de ces activités-là, on doit ouvrir la culture un peu plus aux jeunes, pour leur donner un autre choix que la tentation d’aller dans des directions moins recommandables. Y’a du talent en plus, il faut encadrer les jeunes», affirme-t-il, n'excluant pas la possibilité de revenir un jour dans le secteur pour ouvrir un centre de loisirs culturels pour les jeunes.
En attendant, ses brefs séjours dans la métropole ne lui sont pas inutiles; «ça me permet de faire le Superman de l'autre côté, de donner le spectacle et ensuite de revenir ici pour me ressourcer», plaisante-t-il. «Le fait de revenir à Montréal ça me permet de revenir aux vraies choses de la vie. Pour moi, sortir mon recyclage, faire mon lavage, mon épicerie, c'est ce qui me ramène au vrai Gage, le Gage normal.»