Les "pairs formateurs" de l'école Joseph-François-Perreault devant leur école, accompagnés du technicien en éducation spécialisée, Raymond Dussault (en haut à gauche).
Mieux outiller les jeunes contre la drogue
Prévention des toxicomanies à l’école
À l’école Joseph-François Perreault (JFP), dans le quartier St-Michel, on retrouve depuis quelques années un programme de prévention de l’utilisation de drogues bien particulier. À l’abri du jugement des adultes, des jeunes de secondaire quatre et cinq discutent consommation et prévention avec leurs collègues de tous les niveaux. Loin de leur faire la morale, ces «pairs formateurs» démystifient certaines croyances et deviennent des personnes ressources auprès des autres élèves.
«Des fois, on leur dit des affaires et ils sont vraiment surpris; ils y a vraiment des mythes et des légendes, raconte avec enthousiasme la «pair formatrice» Catherine D’amour, qui commence son secondaire cinq cette année. Il y en a qui pensent qu’on peut se piquer avec de la colle!».
«On se sent vraiment utiles, on peut aider à éclaircir des choses, répondre aux questions des autres», ajoute sa collègue Florence Fournier.
Si les deux jeunes femmes et leurs collègues ont unanimement adoré l’expérience de l’an dernier, leur place dans le programme des pairs formateurs n’est pas acquise cette année. Des entrevues de sélection ont présentement lieu pour choisir les candidats qui recevront une formation d’une trentaine d’heures et qui animeront les activités de prévention dans les classes de l’école cette année.
Le projet est donc encadré par l’école, mais les adultes ne sont pas présents lors des activités animées par les pairs formateurs. «Ce qu’il y a de particulier dans ce projet, c’est que ce ne sont pas que des non consommateurs qui animent l’activité, ce sont aussi des consommateurs, pour que les jeunes aient la chance de parler ouvertement», explique le technicien en éducation spécialisée à l’école JFP, Raymond Dussault, un des instigateurs de ce projet.
Objectif : message clair
Malgré le fait que les jeunes sont de plus en plus tôt en contact avec les drogues, légales (comme l’alcool et la cigarette) ou pas, il demeure que nombre d’entre eux sont désinformés en la matière, bombardés de messages contradictoires. «La société va d’une banalisation à une dramatisation de la consommation. Les jeunes n’ont pas de message cohérent de la part des adultes, déplore Raymond Dussault. Nous on essaye d’en parler d’une façon cohérente aux jeunes.»
Cet objectif de rendre le monde des drogues moins opaque à la compréhension des jeunes, c’est aussi celui que poursuit le Centre Québécois de lutte aux dépendances (CQLD). L’organisme public vient en effet de lancer un nouveau programme d’activités de prévention des toxicomanies (APTE), qui vise notamment à harmoniser les messages que reçoivent les jeunes sur la consommation de drogues. Plusieurs groupes d’élèves de l’école JFP ont d’ailleurs participé directement à la recherche qui a abouti à sa mise sur pied.
Le programme se base sur des études scientifiques, mais a aussi été validé et testé auprès des jeunes, ce qui fait sa particularité aux yeux de Christian Lambert du CQLD.
Les croyances des jeunes sur les drogues ont, de plus, été prises en compte lors de groupes de discussions, dont certains ont été réalisés à l’école Joseph-François Perreault l’an dernier. «On s’est rendu compte, suite aux focus groups que les jeunes avaient des connaissances contradictoires sur les drogues et qu’il fallait leur lancer un message clair.»
Concrètement, le programme propose cinq séries d’activités visant à amener les jeunes à réfléchir eux-mêmes à l’influence de leur entourage immédiat –que ce soit leurs amis, leur famille ou les médias- en matière de consommation de drogues.
Tout au long du processus, le programme APTE a démontré des résultats concluants, améliorant les connaissances des élèves en matière de consommation. Pour les pairs formateurs de JFP, ce nouvel outil servira à peaufiner une stratégie déjà gagnante. Dans les écoles, maisons de jeunes et clubs sportifs à travers le Québec et le Canada où il sera utilisé, le programme devrait permettre de mieux outiller les jeunes devant une problématique qui les interpelle de plus en plus tôt dans leur vie. «Le but est d’aider le jeune à porter un jugement critique, et à l’outiller pour faire le meilleur choix possible de consommation… explique Raymond Dussault. Tout en pensant que le meilleur choix possible est de ne pas consommer!»