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Émeutes à Montréal-Nord - La concertation a-t-elle épargné St-Michel des violences?

par Emiliano Arpin-Simonetti
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Article mis en ligne le 30 août 2008 à 11:40
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Émeutes à Montréal-Nord - La concertation a-t-elle épargné St-Michel des violences?
Émeutes à Montréal-Nord - La concertation a-t-elle épargné St-Michel des violences?
À la suite des événements survenus à Montréal-Nord pendant la fin de semaine du 9 au 11 août dernier, tous les yeux se sont tournés vers le quartier St-Michel. Le cocktail explosif d’immigration, de pauvreté, d’exclusion et de frustration à l’égard des autorités est en effet présent dans ce quartier chaud, ce qui faisait craindre à plusieurs une propagation de la violence. Toutefois, trois semaines après l’émeute du 11 août dernier, force est de constater que le calme règne à St-Michel, malgré ses ressemblances avec Montréal-Nord. Une situation qui, pour plusieurs, se doit en partie à l’importance de la culture de concertation propre au quartier.
«Ici il y a un lien très fort avec la communauté. On est en lien, en constant partenariat avec les organismes communautaires du quartier à longueur d’année, explique le commandant de police du poste de quartier 30, Fady Dagher. Il y a à peu près huit tables de concertation où je suis assis personnellement avec eux. Ça crée un lien de confiance extrêmement important.»

Le lendemain des émeutes qui ont embrasé Montréal Nord, ce lien serré entre la police du poste 30 et les organismes communautaires s’est avéré très important. Un comité ad hoc a immédiatement été formé et les organismes michelois, de même que les gens de la Ville, ont été consultés afin de prendre le pouls du quartier. «Le diagnostic qui est ressorti c’est que à St-Michel, pour l’instant, les gens se sentent concernés par l’événement malheureux [la mort de Fredy Villanueva], mais ils ne s’associent pas avec l’émeute» explique le comandant Dagher.

Bien qu’il demeure prudent et juge la situation très sensible, le ce dernier croit que la relation de proximité qu’entretiennent les policiers du poste 30 avec la communauté ont contribué à éviter que la violence ne se propage à St-Michel.

Ce lien avec la communauté se fait en bonne partie grâce aux différentes tables de concertations du quartier, à travers lesquelles plusieurs initiatives ont été mises sur pied en partenariat avec les organismes communautaires et les institutions telles que la Commission scolaire de Montréal (CSDM) ou certains programmes de la Ville. Ces différentes activités, comme Le club de basket les Monarques ou le club de boxe l’Espoir vise à prévenir l’adhésion des jeunes aux gangs de rues mais aussi à établir un dialogue entre policiers et jeunes, afin de briser les préjugés et la méfiance.

La concertation micheloise

Si une telle collaboration entre les acteurs de différents secteurs est possible, c’est en grande partie grâce au chantier de revitalisation urbaine et sociale lancé par la Table de quartier Vivre St-Michel en santé (VSMS) il y a quatre ans. Le projet regroupe des intervenants communautaires et institutionnels qui oeuvrent dans plusieurs secteurs d’intervention, de la lutte contre la pauvreté à la sécurité alimentaire en passant par l’aide en santé mentale et la sécurité urbaine, pour n’en nommer que quelques uns. En mettant leurs ressources en commun, il en découle une action plus efficace qui contribue à accroître le sentiment d ‘appartenance au quartier, croit Jean Panet-Raymond, responsable de la participation citoyenne à VSMS.

«Pour faire un lien avec ce qui est arrivé dans Montréal Nord, quand on parle des jeunes qui ne sont pas écoutés, qui n’ont pas leur place, etc., c’est sûr qu’en travaillant le sentiment d’appartenance au quartier, la fierté, je pense que ça peut être un « plus » important, explique-t-il. En ce sens, St-Michel a des ressources assez exceptionnelles depuis qu’on a le chantier.» Selon lui, l’expérience micheloise se distingue de celle de Montréal-Nord, où il a travaillé plusieurs années. «Il y a une concertation qui implique plus différents services gouvernementaux, et ensuite les organismes communautaires, souligne-t-il. C’est une relation un peu plus verticale et il a un peu plus de tensions, difficultés à relier le public et le communautaire.»

Pas à l’abri

Malgré la culture de dialogue qui distingue St-Michel, il reste que certains éléments explosifs se retrouvent dans le quartier. «On n’est pas à l’abri et c’est important de le comprendre. Je peux avoir une intervention policière musclée qui tourne mal ici aussi», met en garde le commandant Dagher. La méfiance à l’égard des policiers reste en effet très présente à St-Michel et une seule bavure pourrait bien anéantir plusieurs années de travail. «Il y a beaucoup de jeunes immigrants qui ont vécu avec une police différente dans leur pays d’origine. Eux aussi ont des préjugés envers les services de police, rappelle le commandant. Donc ça prend une ouverture d’esprit des deux côtés. Et c’est à force de se parler que les barrières de préjugés tombent. Ce n’est pas un one night stand, c’est un travail de longue haleine.»

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