May-Lissa Dauphin, de la compagnie TransForNations, son fils, et Stéphane Cardi du projet Quartier 21.
Les bons coups de St-Michel - Fêter contre l’insécurité dans le parc Ste-Yvette
Dans le but mettre en valeur les bons coups de St-Michel, la table de concertation locale, Vivre St-Michel en santé, a sélectionné cinq projets issus de son chantier de revitalisation urbaine et sociale. L’apport de ces cinq projets à la vie du quartier sera souligné dans une chronique publiée tous les mois dans le Journal de St-Michel Voici le premier de cinq textes.
Combattre le sentiment d’insécurité par une grande fête? A priori, l’idée peut sembler saugrenue. C’est pourtant la recette qu’ont choisi les organisateurs du projet Quartier 21, porté par l’organisme PARI St-Michel, pour apaiser la tension entre les différents groupes ethniques du secteur Ste-Yvette du quartier St-Michel, il y a un an, alors qu’une vague de crime violents exacerbait le sentiment d’insécurité et de méfiance entre les résidants.
Le 15 juillet 2007, une grande fête de bienvenue aux nouveaux arrivants est donc organisée à l’initiative du comité citoyen du projet Quartier 21, composé des membres de différents organismes dont TransforNations, l’Éco-quartier St-Michel, Tandem St-Michel, la Maison d’Haïti et la Maison de la famille. Au total, 33 artistes du quartier St-Michel, dont Marco Calliari, se sont produits lors de la fête, qui a connu un vif succès. Quelque 700 personnes s’y sont présentées et ont pu y déguster des mets provenant d’Haïti, du Maghreb, de l’Italie et de l’Amérique latine. Poulet aux olives marocain, Chiktay haïtien, pastas italiennes et douceurs latino-américaines étaient au menu pour le plaisir des papilles de tous.
La question se pose toutefois; pourquoi organiser une fête dans un parc alors où des crimes violents ont été commis? «L’idée d’une fête est de rassembler tout le monde au même endroit pour qu’ils fassent la même chose en même temps », explique l’organisateur communautaire au projet Quartier 21 et coordonnateur de cette fête, Stéphane Cardi. «À Ste-Yvette, les gens, tous confondus, ont besoin de se retrouver ensemble dans une fête et de se dire que tout le monde peut aller dans le parc, tous en même temps. Il fallait défaire un nœud», poursuit-il, en faisant référence au sentiment de peur qui s’était installé entre les résidants du quartier.
C’est principalement aux causes de ce sentiment d’insécurité auxquelles voulait s’attaquer le comité de citoyens du Quartier 21, en misant sur la diversité culturelle comme richesse plutôt que comme source de fractionnement et de tensions. La méfiance entre les personnes plus âgées d’origine italienne et les plus jeunes, d’origine haïtienne, latino-américaine ou maghrébine, était en effet à son comble après la série de crimes perpétrés dans le quartier, les premiers associant les seconds –bien souvent à tort- aux gangs de rue.
Des artistes engagés
La participation des artistes, réunis par May-Lissa Dauphin de la compagnie TransForNation, a joué un rôle clé dans ce projet. Non seulement de par leur performance sur scène, extrêmement professionnelle selon les dires des organisateurs, mais surtout par leur compréhension du rôle social qu’ils avaient à jouer dans le cadre de l’activité.
«Au début, les personnes âgées étaient dans un coin, les jeunes dans l’autre coin, puis, à un moment donné, les jeunes ont commencé à se promener partout et quand on a servi la bouffe tout le monde s’était mélangé, raconte May-Lissa Dauphin. Les artistes, surtout, avaient compris c’était quoi la mission. Les membres du groupe de rap par exemple, faisaient exprès d’aller s’asseoir au milieu des italiens, toujours poliment. À la fin, c’était vraiment hallucinant à voir», poursuit-elle avec enthousiasme.
Un projet éphémère
Le projet de fête de bienvenue aux nouveaux arrivants a été mis sur pied par le projet Quartier 21, qui est une initiative de développement durable présente dans plusieurs pays du monde. À St-Michel, Quartier 21 s’est notamment donné pour mission d’établir un environnement de voisinage harmonieux dans le secteur Ste-Yvette.
C’est après avoir consulté les citoyens du secteur que l’idée de faire une fête pour rapprocher les gens et enrayer le sentiment d’insécurité a surgi. Malgré le succès qu’elle a connu, la fête de bienvenue aux nouveaux arrivants n’aura pas lieu cette année, faute de financement. Si elle a été une réussite et a contribué, bien que modestement, à améliorer les relations de voisinage près du parc Ste-Yvette, les résultats visés par le projet restent difficiles à mesurer. «C’est sûr que s’il y en avait tous les ans on pourrait bâtir là-dessus », souligne Stéphane Cardi, qui croit tout de même que la fête a aidé à briser la méfiance entre les citoyens du secteur. «Le jour avant la fête, il y avait juste de la fermeture par rapport à l’autre. Le jour après la fête, quelque chose a changé; comment quantifier le changement, je ne sais pas… Mais si ça peut avoir bougé un peu, tant mieux.»