1965
Abolition du double tarif d'autobus
Bien avant la STCUM, les habitants de l'île de Montréal devaient compter sur les services de la Commission de Transport de Montréal (CTM) pour assurer le transport en commun. Cependant, jusqu'en 1965, les usagers de Ville St-Michel se voyaient imposer un tarif majoré (le double du prix) pour l'utilisation des autobus de la CTM.
Si le double tarif a été aboli, c'est probablement grâce à la patience et au travail acharné du conseil municipal et du pro-maire de l'époque, M. Léopold Lavoie. Ce dernier, a en effet été l'un des acteurs les plus en vue de ce combat contre ce que beaucoup considéraient comme une injustice flagrante envers les michelois.
Très impliqué dans ce dossier, M. Lavoie écrit régulièrement aux journaux pour dénoncer l'injustice de la CTM envers ses concitoyens. Il explique que la majorité de la population de Ville St-Michel est constituée d'ouvriers, la clientèle numéro 1 de la CTM. De plus, St-Michel étant dépourvu d'écoles supérieures, les citoyens doivent assumer le transport de leurs enfants qui étudient en plus de leur propre transport au travail. Selon M. Lavoie, cette situation de double tarif imposé aux banlieues prive les citoyens de St-Michel de 300 000 $ chaque année.
En avril 63, malgré le refus du gouvernement provincial de s'impliquer dans le dossier, l'échevin Lavoie n'abandonne pas la partie. Dans une lettre adressée aux journaux, il accuse la CTM de se "foutre du monde". Selon lui, le refus de la compagnie de transport de simplement expliquer les raisons du double tarif en est une preuve.
La CTM s'explique finalement quelques jours plus tard. Il semblerait que la Ville de Montréal garantit auprès de la Régie des Transports tous les emprunts effectués par la Commission de Transport de Montréal. Comme les villes de banlieue ne garantissent pas financièrement les déficits qui pourraient survenir dans leurs secteurs, la CTM se voit "obligée" de leur imposer un double tarif en guise de coussin de sécurité...
Le conseil municipal ne lâche toutefois pas prise. Étant donné la densité de population de Ville St-Michel (la banlieue de Montréal la plus peuplée à cette époque) et la forte proportion de celle-ci qui utilise les services de transport en commun, les autorités municipales demandent à ce que la Commission lui accorde un statut privilégié afin que son dossier soit étudié plus rapidement.
Les mois qui suivent seront ponctués de bisbilles, d'ultimatums et de procédures légales des plus variées. Les citoyens, eux, doivent en attendant continuer de payer double tarif.
En mai 64, on apprend que la CTM sera dorénavant gérée par la Ville de Montréal. À St-Michel, on s'inquiète : Montréal se servira-t-elle du double tarif comme arme dans ses projets d'annexions de banlieues ?
Un an plus tard, en juin 65, coup de théâtre : le maire Bergeron annonce que suite à une réunion entre lui-même, les conseillers Louis Patenaude et Maurice Constantineau et le président du Comité exécutif de la Ville de Montréal, M. Laurent Saulnier, le problème du double tarif d'autobus s'est règlé en une demi-heure de discussions... Une grève à la CTM aurait semble-t-il accéléré les choses.
Cependant les usagers de St-Michel devront attendre quelques temps encore avant de payer le tarif normal, l'entente devant être approuvée par Québec. Trois semaines maximum, promet-on aux michelois. C'est finalement quatre mois et demi plus tard, à la fin du mois de novembre, que le double tarif est officiellement aboli.
L'histoire continue de montrer que les michelois sont des gens très patients...
Le conseiller municipal Léopold Lavoie fut toujours un farouche défenseur des droits de ses concitoyens michelois, tant au conseil de ville de St-Michel qu'à celui de Montréal (après l'annexion de 68).