Jean Pascal est en retard. L’auditorium de l’école est rempli depuis de longues minutes mais le champion est encore loin, coincé dans le trafic. Gérard Jeune n’en dira rien, il promet seulement une arrivée imminente. Le directeur de l’école doit connaître le faible potentiel de patience du jeune public. Le brouhaha monte, il veut prendre la parole, les discussions persistent, la phrase est lancée avec une voix lourde : « C’est exactement ça qu’on veut changer à Louis-Jo »… Tiens, du silence. Et à l’adresse des perturbateurs, en classe comme dans l’auditorium : « Quand on me cherche, on me trouve, et quand on me trouve, généralement, on le regrette ». Applaudissements aussi massifs que spontanés. Gérard Jeune ne semblait pas les avoir prévus.
À défaut de chair et d’os, le boxeur apparaît en vidéo sur l’écran géant. Pendant quinze minutes défilent les derniers coups donnés à Adrian Diaconu pour arracher la ceinture de champion du monde des poids mi-lourds. C’était le 19 juin dernier. Mais ce mercredi 14 octobre, c’est uniquement pour ces jeunes qu’il fait le déplacement. L’acclamation a peu à envier aux salles de combat. Jean Pascal débarque en chandail et chaussures rouges, au milieu d’une marée de bleu. Intentionnel ou non, le contraste vestimentaire est étonnant.
« Yes we can… si on travaille »
La première phrase renvoie gentiment l’assistance vers ses responsabilités : « C’est vous l’avenir du Québec, les futurs électeurs, les futurs présidents de compagnie ». Le boxeur arpente l’estrade comme un ring, décline son palmarès, l’origine de sa passion et les récents objectifs qu’il s’est fixés, comme celui d’aller boxer à Vegas. « Mais pour ça, il faut du travail, de la persévérance, de la discipline ». Le cœur du sujet. Question lancée à l’assemblée désormais captivée : quelles sont les trois choses fondamentales qu’apportent l’école ? En éliminant les mots « argent », « célébrité », « succès », ou « filles » qui fusent dans la salle, restent trois notions : le respect, l’éducation et l’avenir. Trois valeurs qui l’ont notamment poussé à terminer ses études en techniques policières et ainsi permis de se ménager une porte de sortie pour la fin de sa carrière de boxeur professionnel. « Avec de la discipline, de la persévérance, vous pouvez accomplir ce que vous voulez. Ne vous laissez jamais dire que vous n’êtes pas capables » prévient Jean Pascal. Une idée-phare reformulée par Gérard Jeune en « Yes we can… si on travaille ».
«Si moi j’ai réussi, alors vous aussi ! »
L’heure est désormais aux questions et le message central semble être passé, car le thème de la persévérance revient dans chacune d’entre elles : les obstacles, l’envie d’abandonner, les origines (la réponse en trois mots, « haïtiennes, mon chéri », déclenchera une quasi hystérie collective) ou les exemples qui l’ont fait s’accrocher. La figure évoquée est celle de sa mère, arrivée dans les années 1980 et obligée de refaire ses études au complet. « Si elle a été capable, je le serai également, se dit-il à l’adolescence. Et si moi j’ai réussi, alors vous aussi ! »
Jean Pascal à Louis-Jo
Mathieu Prost Le champion du monde de boxe Jean Pascal a choisi l’école Louis Joseph Papineau pour venir évoquer son parcours. Tous les élèves de cet établissement, réputé difficile, ont écouté pendant une heure un discours sur les valeurs qui prédisposent à la réussite.
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