« Ça fait du bien de voir un peu de couleur sur ce gros bloc gris! » s’est réjoui Karim Chevrier Ouahbi, un des jeunes du comité d’action du Forum. Karim a, comme une dizaine d’autres jeunes, participé aux six ateliers animés cet été par l’artiste muraliste Sophie Boivin et la graffiteuse muraliste Aïshaa. Le résultat est à l’image de Saint-Michel : jeune, multiethnique et coloré.
« Les toiles sont vraiment la perception que les jeunes ont du quartier, soutient Jean-Philippe Émond, coordonnateur du Forum et organisateur du projet. Ils sont très fiers de leur quartier, et ils voulaient en représenter la diversité culturelle et sportive.» Les murales, sur lesquelles sont représentés entre autres divers personnages (athlètes, graffiteurs), un coucher de soleil et le mot « paix » écrit en plusieurs langues, transmettent une image positive et décomplexée de Saint-Michel, loin de celle normalement véhiculée par les médias québécois. « L’objectif était d’écarter le rideau de préjugés » a expliqué le très éloquent et imagé Karim devant un public venu nombreux au Drop-In jeudi passé.
Instigué par les jeunes du comité d’action du Forum jeunesse de Saint-Michel (FJSM), un organisme soutenu activement par Vivre Saint-Michel en Santé, « Une mine d’art… » s’inspire d’un projet similaire mais plus ambitieux dans le quartier Saint-Roch à Québec. « Le projet ‘Les fresques des piliers’ sous l’autoroute Dufferin-Montmorency à Québec à l’initiative d’une artiste locale, nous a vraiment servit d’exemple » raconte Jean-Philippe. Réalisé également par des jeunes, le projet à Québec recouvre sept piliers directement sur le béton. À Saint-Michel, les deux toiles situées aux angles sud-est et nord-ouest de l’intersection Saint-Michel et Crémazie, seront retirées en septembre.
L’ « après-Météor »
Au-delà de l’embellissement du Métropolitain, le projet du FJSM pose un geste particulièrement symbolique pour les citoyens et organismes qui militent depuis des mois pour chasser la fourrière automobile Météor de sous l’autoroute. « Après 46 mois de pétitions, manifestations, vigiles, je suis fière de dire que le dossier est réglé » s’est enorgueillie Pierrette Gauthier, citoyenne engagée.
Avec le départ imminent de l’entreprise de remorquage, un comité « après-Météor » a été mis sur place pour rendre l’espace vacant sous le Métropolitain un lieu agréable et sécuritaire…Un mandat pas toujours évident dans un coin de la ville particulièrement inhospitalier. Michèle Béliveau, de l’organisme Tandem VSP, a par ailleurs annoncé jeudi dernier la reprise en septembre des « marches exploratoires », sorte de vox pop citoyen sous forme de promenades. L’expérience, testée en mai dernier, avait bien fonctionné. Les citoyens avaient alors émis plusieurs recommandations pour le Métropolitain : aménagement d’un skatepark et d’un marché, ajout d’éclairages, installation de téléphones d’urgence…
Les toiles des jeunes du FJSM représentent néanmoins le premier geste concret pour revitaliser le secteur. Projet qui, espèrent les différents acteurs impliqués dans le dossier, constituera la première de plusieurs initiatives du genre.
Une galerie d’art urbaine
Le dévoilement des murales sous le Métropolitain survient une semaine après le point de presse annuel de la Ville de Montréal sur sa politique de lutte aux graffitis. Ce bilan révèle qu’alors que 3 M$ ont été investis cette année pour nettoyer les tags et les graffitis, 105 000$ (en hausse de 35 000$ depuis les années précédentes) seront attribués en 2010 à la réalisation de quatre murales dans les arrondissements de Lachine, Plateau Mont-Royal, Ville-Marie et Saint-Michel/Villeray/Parc-Extension. Alors que la lutte aux graffitis bat son plein, la ville commencerait-elle à s’éveiller aux bienfaits de l’art de la rue et à ses répercussions sur la vie de quartier?
« Pour notre part, nous n’avons reçu aucun financement direct de la ville, affirme Jean-Philippe Émond. Mais nous avons toujours maintenu de bonnes relations avec la Ville de Montréal, qui nous a donné le feu vert pour le projet, et avec le Ministère des transports, à qui appartient la structure du Métropolitain. C’est le Ministère qui nous a donné notre permis ».
Si le projet du FJSM se limite actuellement à des toiles (temporaires) sur deux piliers, Jean-Philippe Émond espère à moyen terme pouvoir couvrir les vingt-cinq piliers du Métropolitain et créer avec l’aide de divers organismes michelois, une véritable galerie d’art urbaine.
Art urbain sous le Métropolitain
Les graffs s’installent sous le Métropolitain! Jeudi dernier à l’occasion de la journée internationale de la jeunesse avait lieu le dévoilement de deux murales à l’angle Saint-Michel et Crémazie. Initiative des jeunes du Forum jeunesse de Saint-Michel, le projet « Une mine d’art sous le Métropolitain » fait également partie du mouvement citoyen qui vise à se réapproprier le Métropolitain après le départ de Météor.
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