La carrière Miron
Il est difficile et complexe de résumer exhaustivement l’histoire de la carrière Miron, l’exploitation du site ayant vraisemblablement commencé il y a plusieurs siècles sous le nom de carrière Labesse. Toutefois, le début officiel des activités de la carrière Miron, appartenant alors à la «Canadian and Montreal Quarry», débute au début du siècle dernier, en 1914. En 1947, les frères Miron font l’acquisition de cette carrière de pierre grise. À cet endroit, les pierres sont broyées pour en extraire le calcaire, qui est ensuite transformé en béton. Ce béton servira à la construction de nombreuses infrastructures et de bâtiments montréalais, à une époque où ce matériau de construction était très à la mode.
Bine que générant d’importants revenus, l’exploitation d’une carrière ne se fait pas dans le silence et la propreté. Ainsi, le bruit de dynamitage, les secousses, la pollution, la poussière et le danger des «roches volantes» sont autant de désagréments quotidiens pour les résidants voisins de la carrière. La proximité entre les maisons et la carrière est dangereusement impressionnante. Aujourd’hui, il suffit de se promener sur la piste cyclable qui longe le pourtour de ce site pour constater la réalité avec laquelle les anciennes générations devaient vivre.
Première reconversion : dépotoir
Durant plusieurs décennies, les citoyens michelois ont mené une longue bataille contre les activités de la carrière Miron. La Ville de Montréal a dû intervenir à plusieurs reprises à la suite de plaintes des citoyens. Que ce soit à cause des roches qui s’abattent sur les maisons avoisinantes, de la pollution engendrée par la poussière de calcaire ou du bruit quasi-constant, nombreux sont les objets de discorde entre les Michelois et la carrière Miron. Finalement, après 30 ans d’exploitation, le site fini par être fermé en 1968. Quelque chose de pire attendait toutefois les Michelois. En 1968, les propriétaires de la carrière décident en effet de convertir le site en dépotoir et de remplir l’immense trou béant de la carrière avec des déchets putrescibles. Les désagréments ne tardent pas à se faire sentir. L’enfouissement de déchets putrescibles produit des odeurs nauséabondes et l’accumulation d’ordures attire mouettes et rats. En mai 1984, la Ville de Montréal annonce son intention d’acheter le terrain et les bâtiments de la carrière Miron. Selon les termes de l’entente, la carrière devait cesser l’exploitation de toutes ses unités de production (carrière et cimenterie) le 1er octobre 1986. Cependant, l’enfouissement de déchets est encore permis.
De dépotoir à complexe environnemental
En septembre 1986, la municipalité annonce le début d’un projet de compostage au nouveau Centre de tri et d’élimination de déchets (CTED) situé sur le territoire de l’ancienne carrière Miron. Les citoyens michelois n’accueillent pas la nouvelle avec beaucoup d’enthousiasme. Ces derniers espéraient plutôt que la Ville de Montréal cesse d’enfouir des déchets sur leur territoire. En 2000, la Ville de Montréal cessa définitivement les activités d’enfouissement de déchets putrescibles pour n’autoriser que l’enfouissement de matériaux secs sur le terrain de l’ancienne carrière Miron. La Métropole décida plutôt d’implanter un projet de complexe environnemental sur l’ancien dépotoir. Ce projet audacieux a permis de transformer l’ancien site d’enfouissement en un des plus grands parcs urbains de Montréal. Aujourd’hui, la transformation est déjà entamée et le Complexe environnemental de Saint-Michel (CESM), avec ses quatre grands pôles (culturel, sportif, éducatif et industriel et commercial) doit être complété pour 2025. Le CESM englobera 94 hectares de la carrière Miron. Quant aux 98 autres hectares du site, on y retrouve déjà le parc linéaire (piste cyclable transformée en piste de ski et de randonnée en hiver) qui contourne la carrière. Les deux autres parcs du quartier, Champdoré et Jean-Rivard, et les terrains périphériques ont accueilli plusieurs installations en lien avec les différents pôles, telles que la TOHU, le Cirque du Soleil, l’usine Gazmont (qui produit de l’électricité à partir des biogaz émanant des déchets enfouis sous le complexe) et le Centre de tri entre autres choses. Des panneaux de signalisation ont aussi été installés en 2006. La fin de toutes les activités d’enfouissement de déchets secs est prévue pour les prochains mois, mais déjà, un tapis de verdure recouvre une bonne partie du site. Le plus grand roulodrôme (skatepark) au Canada, le Taz, a récemment été ouvert aux abords du CESM, sur la rue Papineau près de la rue Émile-Journault. L’aménagement d’un amphithéâtre extérieur, d’une plaine où pousseront des hautes herbes ainsi qu’un lac sont prévus d’ici 2025.
La carrière Francon
Jadis appelée carrière Dupré, la carrière Francon a entamé ses activités d’exploitation minière à peu près au même moment que sa voisine, la carrière Miron. Cependant, contrairement à cette dernière, la carrière Francon n’était utilisée que pour l’extraction de pierres grises, exploitation qui cesse dans les années 1980. Propriété de la National Quarry, la carrière passe aux mains de la Ville de Montréal en 1984. La Métropole décide d’utiliser le site afin d’y déposer ses neiges usées. Les Michelois(es) commencent à s’inquiéter à propos de la nouvelle vocation que prendra Francon. Ces derniers ne désirent pas revivre la même situation qu’avec Miron.
Nouvelle vocation pour la carrière
Depuis 1984, la carrière Francon ne sert que de dépôt pour les neiges usées de Montréal. En décembre 2005, la Ville de Montréal a informé la population de son intention de vendre le site de la carrière. À la suite de cette annonce, un projet de camping-caravaning fut déposé, de même qu’un projet récréo-commercial comprenant un centre d’achats. C’est ce projet, déposé par la société Smart Centres (le bras immobilier de Wal-Mart), qui a été retenu par la Ville.
Les Michelois ont sursauté à l’annonce de cette vente : c’est près de 17 % de leur quartier qui serait mis aux enchères. La population micheloise a donc pressé la table de concertation locale, Vivre Saint-Michel en Santé (VSMS) d’aller discuter les conditions de la vente avec le maire de Montréal, Gérald Tremblay. En février 2006, le maire Tremblay a proposé de former un comité de concertation pour traiter de ce dossier. Ont siègé à ce comité des représentants de la Ville Centre, l’Arrondissement Villeray/Saint-Michel/Parc-Extension, VSMS, la société Smart Centres ainsi que la Corporation de développement économique communautaire (CDÉC) Centre-Nord.
Audiences publiques
En janvier 2008 après avoir été reporté de quelques mois, l’accord de développement entre la Ville et le promoteur a été signé. Cet accord prévoit les conditions de vente de cet immense terrain et en fixe le prix à 10 millions de dollars. Comme le projet requiert un changement de zonage, il est en principe soumis à des procédures référendaires, au cours desquelles les citoyens habitant en bordure du site peuvent se prononcer sur le projet. La Ville a écarté toutefois cette avenue pour tenir des consultations publiques à travers l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM). La première partie de ces audiences publiques ont eu lieu le 20 et 21 mai 2008, alors que les représentants de la Ville et du promoteur exposaient le projet aux citoyens. La suite du processus consultatif a pris fin deux semaines plus tard, avec le dépôt des mémoires des citoyens, qui ont pu y exprimer leurs critiques, inquiétudes et suggestions. L’OCPM doit maintenant émettre ses recommandations à la Ville, recommandations qui tiendront compte des mémoires des citoyens. La Ville peut toutefois choisir de ne pas tenir compte de ces recommandations et procéder à la vente du terrain sans modifications à l’accord de développement.
Miron et Francon : deux carrières historiques
Les carrières Miron et Saint-Michel (appelée aussi Francon) occupent une place prépondérante dans Saint-Michel. Non seulement elles couvrent à elles seules près de 40 % de la superficie totale du quartier, mais, de plus, leurs activités ont toujours conditionné la vie des Michelois. Aujourd’hui, alors que les deux carrières font l’objet d’un changement de vocation, elles s’apprêtent à transformer une fois de plus la dynamique du quartier.
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